‘Trop souvent en silence’ : Un rapport sur la violence liée au genre dans les écoles d’Afrique de l’Ouest et du Centre
| Auteurs | Type | Catégorie | Article Complet |
|---|---|---|---|
| Laetitia Antonowicz, Catherine Flagothier, Vanya Berrouet, Joachim Theis, Yumiko Yokozeki, Stefanie Conrad, Victorine Kemonou Djitrinou, Soumahoro Gbato | Appel Ouvert | Violence |
But de la recherche
Le présent rapport a pour objet de mettre en place une base de connaissances cohérente et homogène sur la violence au sein et autour des contextes éducatifs en Afrique d’Ouest et du Centre (AOC). Il est complété par un document présentant une sélection de réponses à la violence scolaire dans la région.
Portée de l’étude
L’étude traite de la violence faite aux filles et aux garçons dans les contextes éducatifs, de la maternelle au supérieur en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Cette étude est axée sur les châtiments corporels et dégradants et sur la violence, l’exploitation et les abus sexuels. Elle se penche également sur les brimades et la violence physique et psychologique infligées par des élèves.
Elle présente les causes et les effets de la violence sur les enfants, leur famille et la société. En outre, elle analyse l’impact de l’éducation ainsi que le cadre juridique et institutionnel mis en place pour combattre la violence scolaire dans la région.
Méthodologie
Cette étude documentaire s’appuie sur les faits tirés des publications mondiales et des études issues des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Trois catégories de documents ont été analysées : (i) publications ethnographiques académiques et non académiques sur les enfants en AOC ; (ii) études et rapports nationaux, régionaux et internationaux sur la violence scolaire ; (iii) publications d’ordre général sur le programme Éducation pour tous et la protection des enfants.
Le personnel de terrain des quatre organisations qui ont commandité l’étude a été également interrogé.
Limites
La diversité des méthodologies et de la portée des études nationales disponibles au sein de la région n’a pas permis une analyse comparative systématique des modèles et tendances de la violence faite aux enfants dans les contextes éducatifs.
Les faits présentés concernent essentiellement les contextes éducatifs primaire et secondaire, en majorité du secteur public. Les données disponibles pour le préscolaire, les contextes éducatifs pour enfants à besoins spéciaux et les écoles communautaires étaient insuffisantes.
Le manque d’études antérieures n’a pas permis d’avoir une vue d’ensemble claire des systèmes de protection juridique des enfants contre la violence liée au genre (VBG) dans les contextes éducatifs.
Le nombre insuffisant d’évaluations de l’application des politiques et des programmes de lutte contre la violence faite aux enfants dans les contextes éducatifs n’a pas permis de présenter des faits sur les réussites et les échecs en termes de résolution du problème dans la région.
Résultats de la recherche
La violence scolaire est multiforme et plonge ses racines dans la violence familiale, communautaire, nationale et internationale. La violence liée au genre à l’école est le reflet de disparités entre les sexes socialement enracinées en termes de pouvoir, qui existent au sein et hors de la classe. Elle prend racine dans les normes sociales et la dynamique de socialisation basée sur le sexe qui prédominent dans certaines parties d’Afrique de l’Ouest et du Centre, où la violence masculine est largement acceptée, et la soumission féminine encouragée.
Les filles au sein et autour des écoles de la région sont particulièrement vulnérables à trois formes de violence : (i) violence sexuelle, (ii) abus sexuels et (iii) exploitation sexuelle. D’autres formes de marginalisation, comme la pauvreté extrême ou le handicap, peuvent aggraver la vulnérabilité des filles.
Toutes les études disponibles confirment que les victimes d’abus sexuels sont en majorité des filles et que les abus sont essentiellement le fait d’hommes, soient-ils enseignants ou membres du personnel scolaire, membres de la communauté (jeunes, soldats aux points de contrôle, chauffeurs de bus, vieux protecteurs) ou élèves. Il n’existe aucun classement commun des auteurs d’abus en termes de fréquence dans la région. Les abus ont lieu dans les écoles, mais aussi sur le chemin de l’école et chez les enseignants.
Les données sur la prévalence de l’exploitation sexuelle varient fortement dans la région ; toutefois, le vocabulaire utilisé pour décrire la pratique dans les écoles révèle dans une certaine mesure la prévalence du problème et tend à banaliser l’exploitation. L’exploitation sexuelle pour des notes est très souvent évoquée et implique généralement un membre du personnel masculin et une élève.
La persistance de la violence sexuelle dans les écoles peut s’expliquer en partie par le déficit d’enseignantes du primaire et du secondaire, par l’absence de cadres et de normes juridiques en matière de violence dans les contextes éducatifs. Cette situation est aggravée par les infrastructures scolaires inadaptées et des programmes scolaires biaisés qui banalisent la violence.
Parmi les principales conséquences de la violence sexuelle, l’on note les grossesses précoces non désirées, qui peuvent nuire à la santé de la mère et de l’enfant et compromettre l’éducation des filles. Par ailleurs, la VBG fait partie des causes courantes d’abandon scolaire des filles et, de ce fait, constitue une entrave à leur participation économique et sociale.
Les initiatives destinées à résoudre le problème en AOC sont multidimensionnelles : développement des capacités des acteurs clés, partenariats, communication et mobilisation pour le changement social, fourniture de services de prévention et réponse, lois, politiques, normes et réglementations, mécanismes d’imputabilité. Toutefois, les interventions visant à venir à bout de la violence scolaire dans les contextes éducatifs doivent être renforcées si l’on veut réaliser l’Éducation pour tous et les OMD.