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Tourner la PAGE : travailler main dans la main pour réduire la VBG dans les écoles du Malawi

AuteursTypeCatégorieArticle Complet
Anderson Kumpolota, Victoria Machakaire, Kaia AmbroseAppel OuvertViolencePDF en

But de la recherche

Cette recherche avait pour objectif d’étudier l’effet de la violence liée au genre à domicile et à l’école sur l’accès des filles à une éducation de qualité équitable. Conçue sous la forme d’une étude de référence, elle a été également menée dans le but d’informer la conception d’une série d’initiatives destinées à neutraliser ce type de violence qui prive les filles de leur droit à l’éducation (de base). L’étude de référence a été menée par CARE International Malawi en 2008, dans le district de Kasungu au centre du Malawi.

Participants ou stratégie d’échantillonnage

L’échantillon démographique était constitué de l’ensemble des écoliers de plus de 10 ans de la 5e à la 8e année du primaire. Cet échantillon a été stratifié par niveau et par sexe, et au total 480 élèves ont été tirés, dont 437 (224 filles et 213 garçons) ont pu être interrogés. L’échantillonnage s’est fait par niveau d’études, l’échantillon cible de deux filles et deux garçons par classe donnant un échantillon global de 16 élèves par école, soit huit filles et huit garçons.

27 écoles ont été choisies sur un total de 100, ce qui constituait la cible prédéfinie pour la durée du projet. Par ailleurs, les écoles ont été échantillonnées à dessein, avec l’inclusion de divers paramètres pour les différencier : proximité de zones semi-urbaines, proximité d’un service régional de l’éducation, emplacement de l’école par rapport à des endroits où se pratiquerait le travail des enfants à grande échelle du fait de la proximité de plantations de tabac. La taille de l’échantillon a été déterminée dans le but de permettre d’estimer l’incidence de la violence scolaire liée au genre (SRVBG) et les autres indicateurs démographiques connexes au niveau de l’école, tout en étant suffisamment grande pour obtenir des résultats valables pour la zone et le sous-district.

Outre les élèves, la recherche incluait les participants suivants : i) six enseignants (trois hommes et trois femmes) de chaque école ; ii) neuf membres du comité de gestion scolaire (six hommes et trois femmes) ; iii) dix membres des associations de parents d’élèves (six hommes et quatre femmes). L’équipe de chercheurs incluait un consultant externe, des agents de CARE et des agents de l’État venus des services communautaires et des départements chargés du bien-être social.

Méthodologie

Cette étude s’est servie de questionnaires quantitatifs structurés précodés pour recueillir les données primaires auprès des élèves et des enseignants des écoles échantillonnées. En plus des méthodes de collecte de données quantitatives, l’étude a utilisé des méthodes qualitatives afin de mieux comprendre le sujet. Celles-ci incluent les discussions avec les groupes de réflexion, organisées avec les membres des comités de gestion scolaire (CGS), les associations de parents d’élèves (APE) en utilisant une liste de contrôle comme fil conducteur. L’enquête de référence a permis également de recueillir des données secondaires par le biais d’une revue documentaire et auprès des directeurs d’écoles et des services des conseillers techniques de l’enseignement primaire à l’aide de formulaires de données conçus pour mettre en évidence les taux de scolarisation et de progression des élèves.

Limites

L’article mettra en évidence les difficultés survenues lors de l’étude et la plupart de celles qui sont apparues lors de la collecte de données. Au nombre de ces difficultés, la timidité des filles participant à l’enquête à exprimer leurs opinions. Par exemple, lorsqu’il leur a été demandé de « confirmer » ou d’« infirmer » certaines affirmations, elles ont généralement répondu qu’elles étaient d’« accord ». Cette attitude peut s’expliquer en partie par la culture locale, les enfants n’étant pas généralement censés contredire les adultes, par politesse.

Autre difficulté de l’étude, la tendance des enseignants à manipuler les données de scolarisation et les taux de progression des enfants, du fait qu’ils pensent généralement que ce type d’informations est lié aux ressources à allouer à leurs écoles. Les filles interrogées lors des entretiens n’étaient pas assez ouvertes pour exprimer leur pensée. Explication possible : les sujets abordés lors de l’étude étaient sensibles et touchaient à leur rapport avec les enseignants, à qui elles craignaient de créer des ennuis. De plus, les questions relatives à la sexualité ne sont pas débattues ouvertement ou en public dans la plupart des zones rurales, surtout lorsqu’elles impliquent des filles et des adultes, en l’occurrence leurs maîtres d’école.

Par ailleurs, les enseignants qui ont participé à l’étude étaient quelque peu sur la défensive, notamment en répondant aux questions touchant à la violence sexuelle. Enfin, certaines écoles échantillonnées se trouvaient dans des zones rurales très enclavées, et il était très difficile de s’y rendre en raison du mauvais état des routes. Pour cette raison, l’équipe de chercheurs y arrivait avec du retard et était contrainte de réduire la durée des entretiens avec les participants.

Résultats

L’article présentera les principaux résultats de l’étude et la manière dont ils informent la conception et la mise en œuvre du projet. L’étude a révélé l’existence de diverses formes de violence infligée aux écolières et aux écoliers dans la cour d’école, sur le chemin de l’école, à domicile et dans les bois et fourrés. Les écoliers subissent de la violence physique, psychologique et sexuelle perpétrée par leurs condisciples garçons ou filles, des maîtres, des maîtresses ou des membres adultes de leur famille. Cette étude a recensé un total de 1014 cas de violence physique, psychologique et sexuelle sur les 437 écoliers échantillonnés. En particulier, les filles ont déclaré 61,4 % des cas de violence physique, 54 % des cas de violence psychologique et 56,7 % des cas de violence sexuelle.

Les cas de violence sexuelle étaient généralisés, 22 % des élèves interrogés (garçons et filles) déclarant avoir subi des abus sexuels. 56,7 % des cas de violence sexuelle ont été perpétrés contre des filles. Sur ce chiffre, on note 12,4 % de cas de viol, perpétrés sous diverses formes. L’on a relevé les autres formes de violence sexuelle suivantes : exposition des parties génitales (11,3 %), remarques à caractère sexuel (18,6 %), cas d’observation en cachette (16,5 %), déshabillement sous la contrainte (3,1 %), cas d’attouchement / de pincement des seins, des fesses ou des parties génitales (20,6%) et regarder des actes sexuels ou des contenus pornographiques sous la contrainte (13,4 %). 53,3 % des cas d’abus sexuels ont été perpétrés dans l’enceinte de l’école plutôt qu’à la maison ou au village (40 %). Il est également apparu que près de la moitié des cas de violence (physique, psychologique, sexuelle) n’ont pas été déclarés. Le silence a été la réaction la plus fréquente des élèves victimes de cette violence. Près du tiers (29,4 %) des élèves victimes d’abus comme l’attouchement ou le pincement des seins, des fesses ou des parties génitales n’ont pas réagi. Près du quart (24,3 %) des élèves interrogés estiment que le chemin de l’école n’est pas sûr du fait des risques de viol, d’abus ou d’attouchements sexuels. Sur ce chiffre, l’on compte 67,8 % de filles.

Les résultats de l’étude ont permis d’informer la conception et la mise en œuvre d’un projet dénommé PAGE (Partnership for Addressing Gender in Education, Partenariat pour l’approche genre en éducation). Le projet PAGE a pour but d’« Améliorer la qualité et l’accès à une éducation de base équitable pour tous par la lutte contre la VBG ». Il s’est fixé trois objectifs : i) améliorer la capacité des enfants, notamment les filles, à reconnaître la VBG, à y faire face et à la dénoncer ; ii) améliorer l’environnement d’apprentissage à l’école et à domicile en renforçant la compréhension et la protection des droits des enfants, en particulier le droit des filles à l’éducation ; iii) renforcer l’élaboration et la mise en œuvre de politiques relatives à la VBG dans le secteur de l’éducation de base. Le projet PAGE s’étend sur trois ans (2007 à 2010).

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