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Formation des enseignants : l’autoroute de l’égalité entre les sexes au Sénégal

AuteursTypeCatégorieArticle Complet
Bridget McElroy, Kether Hayden, Yanick DouyonAppel OuvertQualitéPDF en

But de la recherche

L’allocation de ressources financières, logistiques et humaines suffisantes pour des formations appropriées tenant compte du genre constitue un défi pour les nations développées et émergentes[1]. Même si le Sénégal a pris l’engagement de réaliser l’égalité entre les sexes en éducation, des obstacles majeurs subsistent sur la voie du respect de cet engagement. Les enseignants doivent avoir les outils nécessaires en termes de sensibilité au genre pour garantir le respect des droits des filles à une éducation de qualité et précipiter l’avènement d’un environnement dans lequel les femmes pourront jouir de leurs droits légaux, politiques et civiques. Les auteurs tentent d’examiner : dans quelle mesure les efforts des pouvoirs publics en matière de formation d’enseignants favorisent l’égalité entre les sexes dans la classe ?

Cet article vise à stimuler la réflexion sur la manière dont la formation des enseignants peut encourager le changement d’attitude et de comportement au Sénégal. Les auteurs espèrent amener les participants à UNGEI E4 à dialoguer sur les réalités et les défis de la mise en œuvre de la formation et la pertinence de cette étude pour d’autres régions du monde.

Contexte

Les objectifs de l’EPT ont fait monter en flèche la scolarisation au Sénégal. Un déficit en enseignants a conduit à l’abaissement de leur niveau de recrutement. Les nouveaux enseignants sont souvent peu ou pas formés avant le service, ce qui a une influence directe sur la qualité de l’enseignement dispensé en classe[2].

Le Sénégal a mis en place des pôles régionaux de formation (PRF) dans lesquels des enseignants expérimentés dans toutes les matières du secondaire, ou conseillers pédagogiques itinérants (CPI), ont été nommés pour conseiller les enseignants non qualifiés. Les CPI sont censés former tous les enseignants non qualifiés nouvellement recrutés ; une tâche ambitieuse, menacée par le manque de ressources qui ne leur permettent d’effectuer qu’une partie de leur tâche. À compter de l’année scolaire 2010–2011, les PRF deviendront une nouvelle structure ministérielle et les CPI auront un autre rôle. Cette occasion est une opportunité unique pour le Sénégal de s’assurer que la formation en sensibilisation au genre est intégrée aux formations d’enseignants et pour mettre le pays sur l’autoroute de l’égalité entre les sexes.

Stratégie d’échantillonnage

Sous l’égide des divisions régionales du ministère l’Éducation du Sénégal et de l’IFESH (International Foundation for Education and Self-Help), les auteurs du présent article présentent leurs expériences d’éducateurs volontaires américains collaborant avec des formateurs d’enseignants sénégalais dans trois régions. Les auteurs ont rapidement constaté l’absence de dialogue pour l’égalité entre les sexes en apportant leur assistance technique aux PRF et en concevant les ateliers interdisciplinaires, ce qui était l’élément moteur de cette recherche.

Méthodologie

Tout au long de l’année académique en cours, les auteurs ont collecté des données à l’aide de méthodes de recherche qualitatives, dont les suivantes : analyse de documents de politique nationaux et régionaux ; observation participative en tant que membres intégrés aux équipes ministérielles de formation des enseignants dans trois régions ; et entretiens informels avec les autorités académiques en vue d’identifier les projets locaux incorporant et promouvant la sensibilisation au genre du personnel enseignant. Les risques de partialité liés au statut de chercheuses américaines ont été pris en compte. Les notes de recherche issues des observations ont été échangées entre les chercheurs américains, et l’interprétation individuelle a été passée au crible pour détecter une éventuelle partialité. De plus, les chercheurs ont sollicité le feedback des formateurs d’enseignants locaux en vue d’éviter toute interprétation culturelle erronée. Enfin, la triangulation des méthodes a été employée (observation des participants, entretiens et analyse des documents de politique) afin de réduire les risques de partialité et d’interprétation erronée.

Limites

Les contraintes budgétaires et l’accès irrégulier à un système de transport fiable entravent les efforts de formation des enseignants au niveau de chaque PRF, ainsi que les activités auxquelles les auteurs ont pu participer. Néanmoins, les auteurs ont pris part à de nombreuses formations et à diverses préparations pédagogiques (c’est-à-dire, créer des manuels de formation des enseignants). Des questionnaires auraient facilité l’évaluation de la maîtrise des questions d’égalité entre les sexes par les enseignants locaux. Une étude approfondie du rôle des acteurs non gouvernementaux dans les activités de perfectionnement professionnel aurait également donné une idée de la manière d’organiser la collaboration entre ces acteurs et leurs homologues du secteur public. Des contraintes de temps et de ressources ont limité la portée de la recherche et des méthodes.

Résultats de la recherche

Les difficultés logistiques, budgétaires et organisationnelles et une incompréhension générale de la nature de l’égalité entre les sexes conduisent à un décalage entre les documents de politique et les réalités vécues en classe. Le comportement inconscient et conscient des autorités académiques affaiblit la promotion de l’égalité entre les sexes dans le système scolaire.

Une réticence culturelle générale de nombreuses femmes à participer pleinement aux formations d’enseignants et des hommes à accepter et à prôner l’évolution des rôles des femmes et des filles en classe et dans le système scolaire a été observée.

Les initiatives de sensibilisation des services chargés de l’éducation des filles visent à toucher un vaste public. Même s’il existe des formations en genre à l’intention des administrateurs au niveau régional, l’information qui leur est communiquée est rarement transmise aux enseignants et aux éducateurs en contact direct avec les élèves.

Si l’on n’y remédie pas, l’absence de formation pédagogique adéquate des enseignants non qualifiés et du personnel administratif continuera à entraver la fourniture d’une éducation de qualité au Sénégal.


[1] L’Association pour les droits de la femme et le développement [AWID] (2001). International trends in gender equality work (Étude spéciale No. 1). La Haye : Kerr, J. The Center for Global Development. (2009). Moving Beyond Gender as Usual. Washington, DC : Ashburn, K., Oomman, K., Wendt, D. et Rosenzweig, S.

[2] Institut de statistique de l’UNESCO. (2006). Teachers and Educational Quality : Monitoring Global Need for 2015. Extrait de www.uis.unesco.org/TEMPLATE/pdf/Teachers2006/TeachersReport.pdf.

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